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XIXème siècle

années 2000

Médée Furieuse

Le corps mis en scène

 

Médée Furieuse 

Eugène Delacroix, 1838

huile sur toile, 260x165cm

Palais des Beaux Arts de Lille

 

L'artiste :

Eugène Delacroix est un célèbre peintre du XIXe siècle. Il appartient au mouvement du romantisme. Bien que son talent pour la peinture ne soit révélé que sur le tard, faisant suite à ses prédispositions pour la musique, Eugène Delacroix va pendant plus de 45 ans, offrir au monde un grand nombre d’œuvres.

Quand il meurt le 13 août 1863, 9140 travaux lui sont attribués : 853 peintures, 1525 pastels, 6629 schémas, 109 lithographies et 60 livres de croquis.

 

 

Le Contexte :

Le tableau remporte un succès au Salon de 1838. Acheté par l’Etat il sera envoyé au musée de Lille.

Le tableau de Lille est suivi de deux répliques plus petites en 1862 commandées par la Société Artésienne des Amis des Arts (collection particulière) et par le banquier Pereire (musée du Louvre) et d’une version différente en 1859 (jadis à Berlin, mais disparue).

 

L'oeuvre :

Delacroix se réfère à un personnage mythologique de la tragédie antique, Médée, qui abandonnée et trahie par Jason, s'apprête à assassiner ses enfants. 

La magicienne Médée, fille du roi de Colchide, a aidé Jason et les Argonautes à conquérir la Toison d’Or contre son père. Par amour pour son mari Jason, elle a commis des crimes atroces : son frère a été coupé en morceaux, et le tyran Pélias est mis à bouillir par ses propres filles. Exilé avec Médée en Corinthe, Jason se voit proposer par le roi Créon un mariage avantageux avec sa fille.

Médée, répudiée, offre une tunique empoisonnée à sa rivale. Sentant ses deux enfants menacés par Créon, Médée s’apprête à les tuer elle-même plutôt que les laisser tuer par d’autres. 

 

C’est le moment précédant tout juste ce drame que Delacroix nous livre. Médée, acculée dans sa grotte, semble, plutôt que furieuse - comme l’indique le titre - effrayée par des poursuivants invisibles pour le spectateur mais dont le surgissement parait imminent, ce qui renforce la tension dramatique.

La lumière pénètre dans la grotte par la gauche, modelant avec sensualité les chairs généreuses.

La sauvagerie exprimée à travers le décor (la grotte, la terre, les herbes) et les personnages (chevelure, brutalité des gestes, ombre sur le visage, bras et yeux des enfants) contraste avec la richesse du bijoux (diadème) sur la tête de la reine bafouée.

La dague (poignard), seul élément vertical interférant dans cette composition pyramidale (pyramide des corps : les deux enfants et leur mère ne font qu'un), viendra meurtrir la rondeur de ces rondes chairs enfantines (Le garçon blond est inspiré de la Vierge aux Saints Innocents de Rubens (Louvre)). 

La résolution de Médée se lit sur son profil et son poing refermé sur la dague, sa rage dans les couleurs de la robe (rouge et brun). 

 

Genèse de l’oeuvre : 

Delacroix a longtemps travaillé sur ce sujet. Il aborde le mythe de Médée dans des carnets de croquis dès 1818-23, et dans son Journal dès 1824, mais n’entame ce tableau qu’en 1836.

Ses dizaines de dessins montrent les différentes étapes de la genèse de l’oeuvre. Delacroix s’intéresse d’abord à la composition générale et choisit une composition pyramidale qui rappelle les Madone de Raphaël et de Léonard de Vinci.

Viennent ensuite les différentes parties du corps de Médée, enfin le visage de Médée, trahit le drame.

 

Sources littéraires et musicales : 

La Médée de Delacroix s’inspire de la littérature antique (Euripide, Sénèque), de la tragédie de Corneille (1635), et de l’opéra contemporain (Médée à Corinthe de Simon Mayr en 1823, Norma de Vincenzo Bellini en 1831).

 

Médée s'appretant à tuer ses enfants

fresque de Pompéï, Villa des Dioscures

 

Autres représentations du mythe de Médée

 

"Médée regarde les deux enfants que Jason a mis en elle quand ils s'aimaient. Pour lui, elle a trahi son père, elle a tué son jeune frère, elle a tué Pélias, elle lui a donné deux fils et il la répudie. La colère monte en elle. Elle entre dans la chambre des enfants. L'un s'appelle Merméros, l'autre Phérès. Elle dit au pédagogue : "Va. Prépare pour eux ce qu'il faut pour chaque jour" alors qu'elle sait que ce seront les objets qui les accompagneront dans la tombe souterraine. Elle les regarde. Elle va les tuer. Voilà l'instant de la peinture."

Pascal Quignard, Le Sexe et l'effroi, Gallimard, Folio, 1994, p.188-189

Le Songe de Médée

spectacle de danse chorégraphié par Angelin Preljocaj en 2004

Opéra national de Paris

 

 

Une création sanglante du chorégraphe Angelin Preljocaj pour le ballet de l'Opéra national de Paris en 2004. Dans le rôle de la Médée tour à tour fratricide et infanticide, la divine étoile Marie-Agnès Gillot.

Article du site En Scènes sur Le Songe de Médée

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Document : Le Mythe de Médée dans l'art

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